Partage autour de la Méditerranée | |
immersion au KurdistanDimanche 10 août avec photos c'est quand meme mieux Jour J comme indiqué dans le carnet de bord de Leïla car c’est à 16h que nous retrouvons nos amis au sud de la Turquie.Le trajet nous fait passer d’un paysage de montagne (1700m) à la côte ; retour vers un autre décor de la méditerranée. Traversée de villages avec de nombreux travaux de champs pour un dimanche : battages à l’ancienne, charretées de pailles, installations d’irrigations de maïs en pleine chaleur (ça pousse mais à quel prix !!! il n’est pas toujours facile d’être cohérent en matière d’écologie …)
Tout le monde salue au passage, on se retrouve même dans un défilé de mariés, ça mérite quelques coups de klaxon, il nous manque juste le foulard accroché au rétroviseur.Le dimanche, les tracteurs semblent, aussi, réquisitionnés pour transporter l’ensemble de la famille à bon port.Le service public « turquie télécom » semble actif même au fin fond des villages du moins les cabines ont chacune un téléphone (un petit clin d’œil à Michel et son « combat à France télécom »...)Enfin, nous arrivons à 19h…fatigués…mais heureux de revoir nos amis : ils ont loué un appartement dans une station balnéaire Kiskalezi. C’est « un petit village » comme dit Bayram. En effet, immeubles de 10 étages s’agglutinent en front de mer, la concentration est impressionnantes. Direction la plage pour nous rafraîchir, raté, l’eau est « trop chaude ». Il faut dire que les 40° annoncé par Séfat étaient au RDV. On s’excuse sachant que la météo nous a indiqué 15° dans l’Ouest. Promis on vous ramènera « du soleil » en janvier !!!Les retrouvailles avec Guluzar sont émouvantes. Ali est resté auprès de sa maman qui est en phase terminale d’un cancer… autre ambiance.La nuit qui suit nous rappelle la canicule de l’été 2003 : les gars rouspètent car seule leïla a trouvé refuge avec sa copine, Séfat, dans le logement climatisé. Lundi 11 août
Journée plage, histoire de se fondre dans la masse (pour fondre, on a fondu… au soleil). Malgré le parasol et la crème solaire, la peau n’aime pas. Sur la plage, passent des marchands de thé, de café, de figues, de mûres et de simits (petits pains au sézame, que les enfants adorent).Petite balade en pédalo avec Mehmet, l’oncle de Guluzar, jusqu’au château de Kiskalezi, au milieu de la mer. La légende raconte qu’un seigneur a construit ce château pour sa fille qu’une prophétie menaçait de mort par la morsure d’un serpent. Un serpent a malgré tout réussi à s’infiltrer dans le château par une corbeille de fruit et la princesse a péri. Journée au rythme des amis turques : ils cohabitent à 15 dans un appartement de location sur la côte + nous 5 ; cela fait du monde mais l’accueil et la gentillesse facilitent…même avec une seule douche !Chacun des membres de la famille de nos amis (quelques soit la génération) veut communiquer.
Le turc et le français passent par la langue universelle des gestes. Cela me rappelle le travail éducatif auprès de jeunes sourds à la Persagotière. Sympa !!!Les repas sont préparés par leurs soins et cuits chez le boulanger du coin ensuite place au partage autour d’une grande table.En soirée, virée dans l’animation nocturne de la ville : ça chauffe encore.A 24h, restos, bars mais aussi commerces et encore centres médicaux et pharmacies restent bien animés. On est loin des 35h et de la fermeture des magasins la nuit (nos acquis ont du bon …).
Mardi 12 août Nous partons pour Adana, chez les parents de Bayram (le gendre d’Ali et Guluzar). Nous sommes accueillis comme des princes pour un petit déjeuner typique : concombres, tomates, olives, feta, purée d’aubergine, confiture, le tout accompagné de pain et de thé.
La maman de Bayram exprime sa frustration de ne pouvoir discuter. Pourtant son sourire exprime la sympathie. Cette femme de 40 ans a eu 9 enfants. Elle reste seule quand son mari part travailler en Irak, comme maçon pour les américains, au péril de sa vie (il est passé à deux doigts d’une bombe et est quasiment sourd maintenant).
Nous sommes également servi par une des sœurs de Bayram qui a été mariée à 15 ans. Elle a maintenant 22 ans, 4 enfants et un mari avec lequel elle n’est pas heureuse. Son père s’en mord maintenant les doigts… Prolongation de l’immersion par le jardin du Tonton, une étendue de fruits et légumes (les uns plus gros que les autres) qu’il nous donne à profusion. Un petit clin d’œil au jardin de St Mars et comme le dit Marie : « Papy Pierre aurait su le turc rien qu’en partageant sa passion avec le Tonton ».
Des rencontres authentiques chez l’habitant.Puis direction Gazi Antep où nous découvrons la maison de Guluzar et Ali qui souhaitent depuis 13 ans nous faire visiter leur pays.Les enfants sont contents de dormir dans une maison. Mercredi 13 août Petit tour au marché du quartier où nous découvrons la vie locale : le nez rempli des odeurs des fruits et légumes. Il y a même des petits poussins fluo (non Aloïs, nous n’allons pas en adopter un !).
Puis nous partons vers Narli, fief de la famille Calhan. Nous commençons par une visite à la maman d’Ali. La réalité est dure : fin de vie à domicile, sans soins palliatifs, sans même une assistance médicale, ni soins infirmiers. J’accompagne Ali chercher une recharge de bouteilles d’oxygène indispensable à sa mère (comment faire sans voiture ?)Dans la famille de Guluzar, l’ambiance est aux retrouvailles familiales : tout le monde embarque vers Karamanmarac, chez la sœur aînée dans un petit village de montagne « Cokyasar koyu » au Kurdistan (en (rentrant dans la maison, une photo…un visage…une histoire : leur papa qui s’est fait tué en défendant sa famille lors du conflit turc/kurdes). Les femmes ont passé la journée à préparer le festin : brochettes de chèvre, salades, boulgour avec viande bouillie, légumes marinés, puis fruits et thé. Nous sommes accueillis à bras ouverts, au vrai sens du terme : les embrassades vont bon train. Sont présentes toutes les générations : de la grand-mère de 100 ans au bébé de 3 mois.
Tous les anciens du village sont présents. Chaque soir, ils se retrouvent tous dans une des maisons du village. Nous testons les ballons à sculpter emportés à l’intention des enfants rencontrés. Malheureusement, la chaleur en fait éclater beaucoup, il faut gérer la frustration mais la joie est quand même au rendez-vous.
Une des animations de la soirée : visite du camping-car (A ce propos, ceux qui cherchent un mode de financement pour un voyage peuvent compter sur une visite payante. Etant donné le nombre de visiteurs, il y a là un filon !!!) Puis nous partons écouter Ümit (le jeune frère de Guluzar) qui joue dans un groupe de musique Turque.
Jeudi 14 août Ali se fait rouspéter par son père quand celui-ci apprend que nous avons dormi dans notre véhicule : il ne connaît pas le principe du camping-car. Et c’est reparti pour une petite visite, idem pour tout le voisinage… Aujourd’hui : shopping dans le bazar de Kahramanmaras où nous achetons le CD du groupe d’Ümit. Chaque achat est marchandé comme il se doit.
Les aubergines, poivrons et courgettes séchés forment des guirlandes multicolores : c’est magnifique. On trouve des fontaines à chaque coin de rue : elles sont alimentées par les sources des montagnes environnantes. Des enfants équipés d’un pichet et d’un gobelet en fer distribuent de l’eau aux marchants. Nous dégustons les glaces qui sont la spécialité de la ville : neige de la montagne + lait de chèvre + pistaches : un pur délice (expression favorite de Théotime). Nous retournons à Narli histoire d’écouter Ümit qui joue de la musique pour un mariage. A défaut du mariage nous tombons sur une fête de henné (elle a lieu juste avant le mariage) tout se passe dans la rue. C’est de la famille de Guluzar (le kurdistan n’est-il pas une seule grande famille ?). Le repas est fini mais à peine sommes-nous assis que l’on nous apporte du çaçik, des pidès (sortes de pizzas), des mélanges de graines, du coca et même une bière bien fraîche pour Vincent…heureux.Nous étions venus à 8 dans l’espace, nous repartons à 10, en se serrant bien, on aurait encore pu mettre 2 ou 3 personnes (ils ne connaissent pas la prévention routière ici !). Une des tantes de Guluzar que nous avons ramenée nous offre un petit chat tricoté main… encore un cadeau.Nous dormons à Narli. Vendredi 15 août Nous allons visiter un cousin d’Ali (Mustapha, qui vit à la Baule) comme c’est la tradition car il a perdu sa maman il y a quelques mois. Les enfants sont heureux de pouvoir parler français avec d’autres enfants. Un repas est servi : tout le monde s’assoit par terre, autour d’une nappe.
Un homme est aux petits soins avec nous, il finit par nous raconter qu’il a passé 4 ans à Nantes : il travaillait dans un restaurant puis a été expulsé car il n’avait pas de papiers… Après un passage à Narli, nous repartons vers Kahramanmaras visiter les parents de la femme d’un professeur d’ELCO (enseignement de langue et culture d’origine). Il donne des cours de turc aux enfants d’émigrés en France.Etant chez une famille musulmane : les femmes mangent par terre d’un côté et les hommes à table.
Seules les jeunes femmes servent le repas : riz, poulet et cacahouettes, çaçik puis thé puis fruits puis glace avec gâteaux. L’hospitalité, ici n’est pas un vain mot.Ils ont passé 10 ans en France, les hommes travaillaient chez Citroën à Paris. De retour au pays, Suliman conduit des dolmus (j’ai appris encore beaucoup sur la conduite des bus, ça peut servir !!!).Les femmes gardent un bon souvenir de la France où l’une aurait aimé rester. Mais la proposition de l’aide au retour a été plus forte. Nous recevons encore des herbes séchées. Ils nous disent à l’année prochaine (on ne promet rien, ce serait exagéré…).
Samedi 16 août Nous partons voir un lieu de pèlerinage Alevi (c’est une branche de l’Islam très présente chez les Kurdes). Une partie de la famille est arrivée tôt pour préparer le repas à partir des 2 chèvres et du mouton sacrifiés. Nous mangeons sous les arbres.
Ce qui n’est pas mangé sera distribué dans le quartier. Ensuite, musique traditionnelle réunissant toutes les familles présentes.
Retour à Narli où Guluzar avait prévu un tour de carriole : ici elles servent de taxi populaire, pour ramener les courses du marché notamment. Pas d’arrêt, pas d’horaires alors nous attendons…en face d’un magasin, alors on nous prête des chaises et après un « certain temps » voilà notre cheval qui arrive.
La patience s’apprend, n’est-ce-pas les enfants !!! Nous devenons l’attraction du village, c’est nous qui sommes pris du coup en photo.Soirée chez les voisins à Gaziantep. Dimanche 17 août Réveil très matinal (6 h) départ pour Elbistan, au cœur du Kurdistan.
En chemin, Ali embarque son père qui est originaire de cette région (cette sortie lui fera le plus grand bien après 6 mois auprès de sa femme malade). Nous sommes accueillis chez Hasan et Hatun (cousin et cousine) qui n’ont été prévenus qu’hier soir de notre visite (Nous observons qu’en Turquie, rien ne prévoit à l’avance, tout est spontané…). Là aussi, la convivialité est au rdv, nous aidons à préparer le repas. D’autres femmes arrivent aussi pour aider. Puis nous partons vers leur village de montagne bien perché au point de manquer de s’enliser, le camping-car a du mal hors des sentiers battus mais ça passe...pas de panique, nous avons tout prévu (n’est-ce-pas, Jacques !)A l’approche du village, la présence militaire est bien visible.Un village où nous rencontrons des kurdo-bordelais et un kurdo-parisien venus respirer l’air pur de la montagne. Cueillette d’abricots, Hassan va chercher du miel dans ses ruches, nous puisons de l’eau à la source.Soirée et nuit dans un décor et une atmosphère splendide à l’autre bout du monde.
Lundi 18 août Nous partons dès 7 h pour le village d’Ali. Avant d’atteindre le point de départ, ça grimpe toujours … Le pare-choc n’a pas aimé en traversant une tranchée … ça pèse à cul !!!Nous essayons de trouver un moyen pour le père d’Ali : un vieux tracteur ferait bien l’affaire mais plus d’essence.Pas de chance, aucune monture (cheval, âne) non plus, alors nous partons à pied.En route, Ali nous raconte l’histoire de la région : pendant la guerre (de 78 à 94) entre le PKK et les turques, les Kurdes ont été chassés de leurs maisons car on leur reprochait de nourrir les hommes du PKK. Les maisons ont été détruites pour empêcher tout retour.
Ali nous montre des tas de pierres « ici, il y avait 40 maisons, ce pré était un jardin cultivé, il y avait plein de monde. Aujourd’hui, tout est mort ».
Seul quelques troupeaux avec bergers occupent maintenant la montagne.
Au retour, Ali nous dit qu’un berger l’avait informé que des hommes du PKK sont encore dans les montagnes et viennent s’alimenter chez lui. On apprécie d’avoir l’information que maintenant…idem pour le nom du site visité « yilan ovasi » signifiant « maison des serpents ».Imaginez le décor : le berger a proposé aux gars de monter son cheval et nous a même offert un thé « 100% bio » (sa seule boisson pendant ses 4 mois en montagne).
Au bord du chemin, Ali montre les herbes comestibles, celles qu’ils ramassaient plus faire du foin (ici, l’hiver, il y a 2 mètres de neige, mieux vaut faire des réserves), de la gomme pour faire des chewing-gums, le thé de montagne…Depuis 3, 4 ans le régime s’est assoupli, les kurdes reviennent s’installer dans les montagnes, reconstruisent des maisons, quant à récupérer leurs terres, c’est une autre affaire. Plusieurs ont intenté des procès contre le gouvernement ou contre d’autres familles (depuis 8 ans pour les parents de Bayram). Ali nous avait parlé de 15 Kms pour rejoindre son village, à la finale, on s’approche des 30 kms. Les gars ont été résistants même si ça rouspètait au retour. Leïla était restée avec sa copine, Séfat et sa maman Guluzar.Retour à Gaziantep pour une soirée-repos. La douche fut appréciée par tous après ce périple en montagne. Mardi 20 août Lever cool … Lessives le matin et coupe de cheveux chez coiffeur local, c’est un rituel lors d’un passage en Turquie.Visite de Ganziantep en dolmus : son château, son hammam, sa mosquée, ses vieilles rues avec des artisans « sculpteurs sur cuivre ».
On craque pour une œuvre d’art mais aussi pour les spécialités : baklavas et pistaches (c’était pour faire plaisir aux enfants !!!).Nous prenons un pot dans un vieux hammam reconverti en café, décor hors du commun.Soirée film pour les enfants restés chez les amis et resto en tête à tête, pour nous. Après du 24h/24 avec les enfants dans l’espace restreint du camping-car, même si on les aime beaucoup, ce moment nous fait un « bien fou». Mais pour arroser nos 16 ans de mariage, c’est loupé : aucun alcool en vente : la Turquie est le pays de la sobriété. Publié à 09:44, le 21/08/2008, Gaziantep Mots clefs : { Page précédente } { Page 49 sur 81 } { Page suivante } |
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